Artisanat · gestes & transmission
L’artisanat haïtien : le guide des savoir-faire
Haïti est un pays de mains. On le dit trop peu, parce qu’on parle surtout de ses crises. Mais dans les ateliers de Jacmel, de Croix-des-Bouquets, de Delmas ou d’Aquin, des femmes et des hommes transforment chaque jour le papier, le métal, le tissu, le bois et la corne en objets qui racontent un pays entier.

Ce guide est une porte d’entrée. Pour chaque savoir-faire, je vous dis d’où il vient, comment le reconnaître, et où lire la suite dans le Journal de la Maison.
I. Un pays de mains
Faire beaucoup avec peu
L’artisanat haïtien est né d’une nécessité : faire beaucoup avec peu. Un fût de pétrole devient une sculpture, un journal devient un masque, une corne destinée à être jetée devient un bijou. Cette inventivité n’est pas un folklore. C’est une économie, un langage et une fierté.
Au XXe siècle, ce génie populaire a trouvé une reconnaissance internationale. En 1944, le Centre d’Art ouvre à Port-au-Prince, fondé par le peintre américain DeWitt Peters avec des intellectuels haïtiens. Il révèle des artistes comme Hector Hyppolite et fait connaître au monde ce qu’on appellera, un peu vite, l’art naïf haïtien.
En Haïti, rien ne se perd. Tout se transforme, et souvent en beauté.
II. Le papier mâché de Jacmel
La ville des masques
Jacmel, sur la côte sud, est la capitale haïtienne du papier mâché. Tout commence avec son carnaval, célèbre pour ses masques géants et ses personnages fantastiques. Les artisans de la ville ont fait de ce savoir-faire un métier à l’année : masques, animaux, plateaux, boîtes et objets de décoration, façonnés en couches de papier et de colle, puis peints à la main.
J’ai raconté l’un d’eux en détail : Émilien Blaise, maître du papier mâché de Jacmel, avec qui la Maison a créé ses plateaux peints.


III. Le fer découpé de Croix-des-Bouquets
Des fûts de pétrole devenus sculptures
À une douzaine de kilomètres au nord-est de Port-au-Prince, la commune de Croix-des-Bouquets résonne du bruit des marteaux. C’est le berceau du fer découpé. Tout part d’un forgeron, Georges Liautaud, né en 1899, qui façonnait des croix pour le cimetière local. Dans les années 1950, DeWitt Peters, le fondateur du Centre d’Art, remarque son travail et l’encourage à créer davantage. Liautaud forme à son tour d’autres artistes, à commencer par Murat Brierre.
La matière première est un objet du quotidien : le fût de pétrole. On le brûle pour le nettoyer, on l’ouvre, on l’aplatit en grandes plaques, puis on découpe au burin et au marteau les arbres de vie, les sirènes, les oiseaux et les esprits. Au village artistique de Noailles, les jeunes apprennent encore aujourd’hui auprès des maîtres.
IV. La peinture haïtienne
Des couleurs qui racontent
Marchés, tap-taps, champs, cérémonies, paradis luxuriants : la peinture haïtienne raconte la vie avec des couleurs franches et un sens unique de la composition. Depuis le Centre d’Art, elle a été exposée dans les musées du monde entier. Et elle a débordé de la toile : on la retrouve sur les plateaux, les boîtes, les tissus et les objets du quotidien.
C’est cette continuité qui me touche le plus. En Haïti, la peinture n’est pas réservée aux galeries. Elle est partout, sur les murs, les bus, les enseignes des ateliers.

V. Le textile : Karabela et tissu peint
Le bleu de la tradition, les couleurs de la création
Le textile haïtien a deux visages. Le premier est le Karabela, ce chambray bleu indigo devenu le costume traditionnel du pays. Je raconte son histoire dans l’histoire du Karabela, et comment le porter aujourd’hui dans se marier en Karabela.
Le second est le tissu peint à la main, où la peinture haïtienne rencontre la mode. Une pionnière comme Murielle Leconte lui a ouvert la voie, et l’atelier Sandilou, à Delmas, peint aujourd’hui foulards, tuniques et pochettes avec les couleurs de la Caraïbe.

VI. La corne
Une matière qui ne se perd pas
La corne de bœuf, sous-produit de l’élevage, est une autre matière que l’artisanat haïtien sait transformer. Polie, elle devient bijou, peigne ou couvert, avec des veines qui ne se répètent jamais. C’est la première matière de la Maison, et celle qui me lie à ma propre histoire, depuis un peigne que ma grand-mère m’a confié.
Tout est expliqué dans le guide de la corne d’Haïti et dans mon histoire avec la corne.
VII. Faire vivre ces savoir-faire
Acheter, c’est transmettre
Un savoir-faire qui n’est pas transmis disparaît. Mon grand-père, maître distillateur de vétiver à Fond-des-Nègres, l’a prouvé malgré lui : la distillerie s’est arrêtée le jour où il est parti. C’est pour cela que je crois profondément à l’achat d’artisanat. Chaque pièce achetée au juste prix, à un artisan nommé, permet à un atelier de continuer et à un apprenti d’apprendre.
Encore faut-il acheter juste. J’ai rassemblé mes conseils dans acheter de l’artisanat haïtien sans trahir les artisans.

Questions fréquentes
Quels sont les principaux artisanats d’Haïti ?
Le papier mâché de Jacmel, le fer découpé de Croix-des-Bouquets, la peinture, le textile (Karabela et tissu peint à la main) et le travail de la corne, entre autres.
Qu’est-ce que le fer découpé haïtien ?
Une sculpture en métal découpée dans des fûts de pétrole aplatis, au burin et au marteau. Elle est née à Croix-des-Bouquets avec le forgeron Georges Liautaud.
Pourquoi Jacmel est-elle connue pour le papier mâché ?
Grâce à son carnaval et à ses masques, qui ont fait naître une tradition d’artisans du papier mâché. Ils créent aujourd’hui masques, objets et plateaux peints à la main.
Qu’est-ce que le Centre d’Art ?
Un lieu fondé en 1944 à Port-au-Prince, qui a révélé de nombreux artistes haïtiens, dont Hector Hyppolite, et fait connaître l’art haïtien dans le monde.
Où acheter de l’artisanat haïtien en France ?
Auprès de maisons qui nomment leurs artisans et expliquent leurs conditions de travail. Maison Kisqueya travaille avec des ateliers haïtiens identifiés. Nos conseils pour acheter juste.
Sources
Notre dossier sur le fer découpé de Croix-des-Bouquets approfondit la lecture du métal, des artistes et de la transmission.

La plume de la Maison
Marie-Michelle Legrand
Fondatrice de Maison Kisqueya · Créatrice de bijoux et de robes Karabela
Un regard à la croisée de la création, de la mémoire et de l’engagement.
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