I. La robe blanche est, elle aussi, une tradition
Et elle est plus récente qu’on ne le croit
On imagine souvent que la mariée en blanc est une évidence immémoriale. Elle ne l’est pas. Le 10 février 1840, la reine Victoria épouse le prince Albert dans une robe de satin blanc couverte de dentelle. Les journaux la décrivent, et les jeunes femmes d’Europe l’imitent. Avant elle, les mariées portaient le plus souvent leur plus belle robe de couleur, qu’elles remettaient ensuite pour les grandes occasions.
Autrement dit, la robe blanche est une tradition européenne du XIXe siècle, devenue mondiale. Elle est magnifique. Mais elle n’est pas la seule possible, et elle n’est pas forcément la nôtre.
II. Dire d’où l’on vient
Un vêtement qui parle avant vous
Une tenue traditionnelle est un langage. Avant même le premier mot de la cérémonie, elle dit à tous les invités : voici mon pays, voici ma culture, voici ce qui me constitue. Pour une Haïtienne, le Karabela dit l’indigo de Saint-Domingue, la liberté de 1804 et le génie des femmes qui ont transformé une toile de travail en parure. J’ai raconté cette histoire dans l’histoire du Karabela.
C’est d’autant plus fort que le mariage est un jour où l’on se présente au monde, et à une autre famille. Porter sa tradition, c’est entrer dans cette nouvelle famille sans rien laisser de soi à la porte.
Le Karabela, costume traditionnel haïtien, en chambray indigo et broderie anglaise.
III. Honorer celles qui étaient là avant
Les grands-mères au premier rang
Dans beaucoup de familles, il y a au premier rang une grand-mère, une tante, une marraine, qui a porté ces tissus, cousu ces volants, noué ce foulard. Les voir reconnaître, sur la mariée, les gestes de leur jeunesse est souvent l’un des moments les plus émouvants de la journée.
Je crois profondément à ce lien. Ma propre histoire avec la corne a commencé par un peigne que ma grand-mère m’a confié, et qu’elle tenait de sa propre grand-mère. Les objets et les vêtements traditionnels portent ces lignées de femmes. Les porter le jour de son mariage, c’est les inviter à la fête.
IV. Pour la diaspora, un pont
Entre deux rives
Quand on grandit loin du pays de ses parents, le mariage pose une question : quelle part de moi vais-je montrer ? Beaucoup de couples de la diaspora choisissent de ne pas choisir. Une tenue traditionnelle pour la cérémonie, une robe blanche pour la soirée, ou l’inverse. D’autres mêlent les deux dans une seule robe, comme une robe de mariée en Karabela relevée de broderie anglaise blanche.
Toutes ces solutions sont justes. L’essentiel est que le pays d’origine ait sa place dans la journée, et que ceux qui sont restés là-bas, ou qui ont fait le voyage, s’y reconnaissent.
La robe Catherine Flon : le blanc de la mariée, le bleu du Karabela.
V. Transmettre aux enfants
Une photo qui traverse le temps
Les photos de mariage sont parmi celles que l’on regarde le plus longtemps, et que l’on montre aux enfants, puis aux petits-enfants. Une mariée en tenue traditionnelle sur la photo du salon, c’est une leçon d’histoire silencieuse. Un jour, un enfant demandera : « Pourquoi Maman était en bleu ? » Et la réponse sera tout un récit.
Un savoir-faire qui n’est pas transmis disparaît. Un vêtement qu’on ne porte plus aux grandes occasions finit par n’exister que dans les musées. Le mariage est l’une des rares occasions où l’on peut encore le faire vivre, au cœur de la vie.
VI. Faire vivre des artisans
Un choix qui a des conséquences heureuses
Une robe traditionnelle se coud, se brode, s’ajuste. Choisir une tenue traditionnelle faite à la main, c’est faire vivre des couturières, des brodeuses, des ateliers. C’est une manière très concrète de soutenir un savoir-faire.
À la Maison, nos robes Karabela sont confectionnées à la main, à la commande, et chaque modèle porte le nom d’une femme de l’histoire d’Haïti : Catherine Flon pour la mariée, Sanité Bélair et Cécile Fatiman pour le cortège. Si le sujet vous intéresse, j’ai écrit comment acheter de l’artisanat haïtien sans trahir les artisans.
La robe Cécile Fatiman, pensée pour les cortèges.
VII. Tradition et modernité ne s’opposent pas
Une tradition vivante se réinvente
Se marier en tenue traditionnelle ne veut pas dire reconstituer un tableau ancien. Une tradition vivante se réinvente : une coupe bustier, une silhouette plus fluide, une seule pièce traditionnelle portée avec des éléments modernes. Le Karabela lui-même est né d’une réinvention, celle des femmes haïtiennes qui ont transformé une toile imposée en vêtement de fierté.
Pour passer à la pratique, j’ai rassemblé tous mes conseils dans se marier en Karabela, le guide pour choisir sa robe : la mariée, le cortège, les couleurs, les mesures et le calendrier. Et pour comprendre ce qui distingue le Karabela des autres tenues de la Caraïbe, lisez Karabela, madras, quadrille : quelles différences ?
