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Kathia Verdier face à la diaspora haïtienne de France : une responsabilité institutionnelle en question | Kisqueya
Kisqueya · Revue Juridique · Diaspora Haïtienne de France · Avril 2026
Journal de la Maison · Droit et Diaspora
Le droit au service de la diaspora
Analyse juridique et politique · Édition longue · Avril 2026
Note éditoriale d'indépendance Cet article est publié de manière totalement indépendante par la rédaction de Kisqueya. Au moment de sa rédaction, ni le CEFORH, ni l'Ambassade d'Haïti en France, ni aucune institution officielle n'en ont été informés ou associés. Les faits rapportés sont issus de sources publiques vérifiables. Les analyses juridiques sont celles de la rédaction, dans le plein exercice de sa liberté éditoriale.
Analyse juridique et politique · Édition longue

Kathia Verdier face à
la diaspora haïtienne de France :
une responsabilité institutionnelle en question

Parcours, budget, rencontre annulée, élections du 30 août 2026, 165 millions d'euros transférés depuis la France : analyse juridique complète d'une visite officielle et de ses silences.

S.E. Mme Kathia Verdier, Ministre des Haïtiens Vivant à l'Étranger · Visite en France · Mars 2026

« Le droit sans la réalité n'est qu'un vœu pieux. La réalité sans le droit n'est que l'arbitraire. »

Henri Motulsky, juriste
Préambule

Kisqueya, voix juridique de ceux qui s'interrogent

Kisqueya n'est pas un média d'opinion généraliste. C'est la revue juridique et citoyenne de la communauté haïtienne de France, un espace où les droits ne sont pas des mots abstraits mais des outils que chaque membre de notre diaspora doit pouvoir saisir, comprendre et revendiquer.

Nous parlons au nom de ceux qui s'interrogent. De ceux qui ont suivi la visite de Son Excellence Madame Kathia Verdier, Ministre des Haïtiens Vivant à l'Étranger (MHAVE), avec attention, qui ont voulu y croire, et qui se posent aujourd'hui des questions légitimes sur ce qu'elle a réellement produit. Kisqueya ne prétend pas parler au nom de l'ensemble de la diaspora haïtienne de France. Cette diaspora est diverse, plurielle, traversée de convictions différentes, et personne n'en détient la représentativité exclusive.

Section I

Kathia Verdier : un parcours pluridisciplinaire que nous saluons, des compétences que nous ne mettons pas en cause

Kisqueya tient à l'affirmer sans ambiguïté ni réserve : nous sommes sincèrement ravis que ce poste ait été confié à une femme. Dans un pays où les hautes responsabilités institutionnelles restent majoritairement masculines, la nomination de Kathia Verdier à la tête du MHAVE est un signal positif, que nous saluons. Nous ne mettons pas en cause ses compétences pluridisciplinaires. Nous les citons, parce qu'elles méritent d'être connues de la diaspora qu'elle représente.

Parcours de S.E. Mme Kathia Verdier
Forma­tion
Diplôme en gouvernance et administration publique · Spécialisation communication
Formation continue en gestion des ONG, finance et commerce international
Privé
Directrice des opérations — Family Cash
Supervision des services financiers dans la région métropolitaine de Port-au-Prince
2018–19
Directrice administrative — International Sea Food
Exportation de produits de la mer · gestion internationale
ONG
Directrice des opérations — Centre chrétien pour la vie publique · Fondation Éric Jean Baptiste
Environnements complexes · rigueur administrative · innovation stratégique
Entre­prise
Cofondatrice : ANKA Distributions · KV Fruits de Mer · KV Nature
Renforcement de l'économie locale haïtienne · entrepreneuriat féminin
Aqua­culture
Cofondatrice et présidente — ANAEPA
Association Nationale d'Exploitation et de Protection Aquacole · Sommet Banque mondiale 2022
2024
Ministre des Haïtiens Vivant à l'Étranger (MHAVE)
Nommée le 19 novembre 2024 par le PM Alix Didier Fils-Aimé et le Conseil présidentiel de transition · Première loi organique du MHAVE en 31 ans

C'est un parcours de dix ans dans des environnements complexes, alliant secteur privé, ONG, entrepreneuriat et représentation institutionnelle. C'est précisément parce que nous reconnaissons ces compétences que nous posons nos questions avec exigence. L'exigence est la forme la plus haute du respect que l'on peut adresser à une responsable publique.

Section II

Ce que la diaspora haïtienne de France transfère vers Haïti : 165 millions d'euros par an

Avant toute analyse du budget du MHAVE, il faut poser un fait économique précis et documenté, tiré des données de l'Ambassade d'Haïti en France elle-même.

Selon l'Ambassade d'Haïti en France, la communauté haïtienne de France transfère annuellement environ 165 millions d'euros en aide familiale vers Haïti. Elle se classe ainsi habituellement en troisième position parmi les principales sources diasporiques de fonds, derrière les communautés des États-Unis et du Canada.

Qui sont ces Haïtiens de France ? Selon les données officielles de l'Ambassade, fondées sur les chiffres de l'INSEE de 2017, environ 87 000 personnes originaires d'Haïti étaient établies en France avec un statut régulier. En intégrant les Haïtiens de tous statuts ainsi que les Français d'origine haïtienne de première génération, ce nombre est réévalué à plus de 100 000 personnes. La communauté est concentrée en Île-de-France et dans les départements d'outre-mer, principalement en Guyane. Elle est diverse dans sa composition, active dans les services, l'artisanat, l'entrepreneuriat et les professions libérales.

100 000+
Haïtiens en France (tous statuts et première génération)
Ambassade d'Haïti en France · données INSEE 2017 réévaluées
165 M€
Transférés annuellement depuis la France vers Haïti
Ambassade d'Haïti en France · 3e source diasporique mondiale
4,1 Md$
Total des transferts diasporiques mondiaux vers Haïti en 2024
Institut Haïtien de Statistique et d'Informatique (IHSI) · hausse de 9,5 %
25–35%
Part du PIB haïtien représentée par les transferts diasporiques
Banque mondiale · IHSI · variable selon les années

Ces 165 millions d'euros annuels depuis la France représentent un flux considérable, versé par des Haïtiens qui, pour une grande partie d'entre eux, font face en France aux difficultés du marché du travail, de la régularisation administrative, de l'accès au logement. Ils transfèrent malgré tout. Ils financent les études d'un neveu à Port-au-Prince, les soins d'une mère aux Cayes, les funérailles d'un grand-père à Aquin.

Pour ces Haïtiens de France, les conditions sécuritaires actuelles rendent un retour temporaire extrêmement difficile, risqué ou matériellement impraticable. Ils ne peuvent pas rentrer voir leur famille. La visite de leur ministre sur leur sol était donc une occasion rare. Elle a été annulée la veille au soir.

Section III

La taxe de 1,50 dollar : ce que l'État prélève sur chaque transfert sans rendre de comptes

En mai 2011, sous la présidence de Michel Martelly, une décision a été prise lors d'une réunion à l'hôtel Caribe à Port-au-Prince : prélever 1,50 dollar américain sur chaque transfert international entrant ou sortant d'Haïti, via Western Union, MoneyGram et les autres opérateurs. Ce prélèvement était officiellement destiné à alimenter un Fonds national pour l'éducation.

Cette décision n'a jamais été soumise au Parlement haïtien. Elle n'a jamais fait l'objet d'une loi votée. Elle a été imposée par voie administrative, sans débat démocratique, sur le dos d'une diaspora qui n'avait pas été consultée. Des membres de la diaspora aux États-Unis ont porté plainte en 2018 devant le tribunal fédéral du district est de New York. La BRH n'a rendu publics les détails de ces prélèvements que sept ans après leur mise en place, sous la pression des plaignants.

Plus de quinze ans après son instauration, nul ne sait avec précision ce qu'il est advenu des centaines de millions de dollars ainsi collectés. Le Fonds national pour l'éducation est resté une enveloppe sans traçabilité publique vérifiable. En 2026, cette taxe est toujours en vigueur. La Sogebank elle-même précise dans ses conditions que le paiement des frais BRH de 1,50 dollar reste applicable selon les opérateurs.

La diaspora paie une taxe sur chacune de ses solidarités. Et personne ne lui a jamais rendu compte de l'usage de cet argent.

Section IV

Le budget du MHAVE : les chiffres officiels d'un ministère structurellement sous-financé

Selon les données officielles de la Direction Générale du Budget de la République d'Haïti, le MHAVE comptait 55 agents en juin 2025, contre 72 en juin 2024, soit une réduction de 23,6 % des effectifs en un an. La masse salariale mensuelle s'établit à 2 550 800 gourdes, soit environ 17 000 euros au taux de change actuel. Pour gérer les droits et les intérêts de 4 millions de citoyens dispersés à travers le monde.

Un rapport d'AyiboPost citant la Direction Générale du Budget indique que le budget total du MHAVE s'élève à environ 140 millions de gourdes, dont la majeure partie est absorbée par les dépenses de fonctionnement. Il ne reste qu'une fraction infime pour les actions de terrain : missions à l'étranger, rencontres communautaires, communication vers la diaspora.

Il faut ici rappeler une réalité institutionnelle fondamentale : ni l'Ambassade d'Haïti en France, ni le Consulat général ne sont des structures de financement des déplacements ministériels. L'ambassade traite des relations bilatérales et diplomatiques. Le consulat gère les services administratifs aux ressortissants : passeports, actes d'état civil, légalisations. Leurs budgets de fonctionnement sont alloués à ces missions propres. Ce n'est pas à l'ambassade d'organiser les rencontres d'un ministre de passage. Ce n'est pas au consulat de financer la logistique d'une visite ministérielle. Utiliser leurs enveloppes pour pallier le sous-financement du MHAVE, c'est pénaliser directement les Haïtiens de France qui dépendent de ces services au quotidien.

Budget diaspora : Haïti face au monde
Haïti
204 000 €/an
Sénégal
117 millions €
Maroc
~65 millions €
Portugal
~35 millions €
Cap-Vert
~10 millions €
Section V

Ce que font les autres États pour leur diaspora : le miroir qui fait mal

Pays Institution diaspora Budget estimé Vote diaspora
Haïti MHAVE · 55 agents ~204 000 €/an en masse salariale Promis août 2026 sans dispositif finalisé
Sénégal Ministère des AE et Sénégalais de l'extérieur ~117 millions € (2024) Vote en ambassades depuis plusieurs législatures · Source : APS
Maroc Direction MRE + Fondation Hassan II ~50 à 80 millions € Vote pour référendum 2011 et législatives, modalités en évolution
Cap-Vert Secrétariat d'État aux Communautés Plusieurs millions € Circonscriptions parlementaires dédiées à la diaspora
Portugal Secrétariat d'État aux Communautés portugaises Dizaines de millions € 2 circonscriptions électorales diaspora (Europe et hors Europe)
Tunisie Direction des Tunisiens à l'étranger Plusieurs dizaines de millions € Vote à l'étranger depuis 2011

Le Sénégal est le cas le plus éloquent. Comparable à Haïti par la taille de sa diaspora et son histoire migratoire, il consacre à son ministère diasporique 76,8 milliards de francs CFA, soit environ 117 millions d'euros pour 2024, selon l'Agence de Presse Sénégalaise. Le Premier ministre Ousmane Sonko a déclaré publiquement : « Cette diaspora est notre or financier. Elle mérite de devenir un acteur central du financement de notre souveraineté économique. » Et le Sénégal joint le geste à la parole.

Le Cap-Vert, archipel de 500 000 habitants dont plus de 800 000 ressortissants vivent à l'étranger, a mis en place des sièges réservés au Parlement pour représenter les Capverdiens de l'extérieur. Le Portugal dispose de deux circonscriptions électorales dédiées à la diaspora pour les élections législatives. Ce ne sont pas des promesses. Ce sont des réalités institutionnelles.

Le budget annuel du MHAVE en masse salariale est de 204 000 euros. Le ministère sénégalais équivalent dispose de 117 millions d'euros. L'écart est de 1 à 574.

Section VI

Hommage au CEFORH : quand la communauté finance ce que l'État ne prévoit pas

Avant de décrire l'annulation, Kisqueya tient à rendre un hommage public, explicite et sincère au CEFORH, Cercle des Élus Français d'Origine Haïtienne.

Qui est le CEFORH ?

Cercle des Élus Français d'Origine Haïtienne

Le CEFORH est une organisation française qui fédère les élus de la République française d'origine haïtienne : maires, maires adjoints, conseillers municipaux, conseillers régionaux et départementaux élus dans les collectivités françaises. Il constitue un réseau institutionnel important de représentation politique des Haïtiens de France au sein des institutions républicaines françaises.

Le CEFORH joue un rôle de pont entre la communauté haïtienne établie en France et les instances politiques françaises, tout en maintenant un lien actif avec les institutions haïtiennes. Il intervient régulièrement dans les débats relatifs à la diaspora, à l'immigration haïtienne, et aux relations franco-haïtiennes. C'est à ce titre qu'il a pris l'initiative d'organiser, en partenariat avec le consulat d'Haïti, la rencontre avec la ministre Kathia Verdier en mars 2026.

Son action rappelle une réalité trop souvent ignorée : les Haïtiens de France ne sont pas seulement des ressortissants d'un pays étranger vivant sur le sol français. Nombre d'entre eux sont des citoyens français à part entière, élus, engagés, contributeurs actifs de la vie républicaine française. Ils méritent d'être traités en conséquence par les deux États dont ils relèvent.

C'est le CEFORH qui, en partenariat avec le consulat d'Haïti en France, a pris l'initiative d'organiser la rencontre du 30 mars à Garges-lès-Gonesse. C'est le CEFORH qui a identifié la salle EAD des Doucettes, au 10 rue du Tiers-Pot. C'est le CEFORH qui a lancé l'appel à bénévoles le samedi 28 mars. C'est le CEFORH qui a mobilisé 25 personnes, bénévolement, sur leur temps personnel, sans compensation financière.

Merci au CEFORH et à ses 25 bénévoles

La rencontre de Garges-lès-Gonesse n'était inscrite dans aucune ligne budgétaire du MHAVE. Aucun fonds public haïtien n'avait été prévu pour son organisation. C'est la communauté haïtienne de France qui a pris en charge, bénévolement, ce que le gouvernement haïtien aurait dû financer, planifier et organiser lui-même.

5 bénévoles à la sécurité · 5 à l'accueil · 10 à la logistique · 5 à la distribution

Cette réalité mérite d'être nommée pour ce qu'elle est : un acte de solidarité diasporique qui supplée aux défaillances structurelles de l'État haïtien. La diaspora haïtienne fait cela constamment. Elle finance des hôpitaux, construit des écoles, envoie des médicaments, transfère des milliards. Elle pallie l'absence de l'État depuis des générations.

Ce respect, le dimanche 29 mars 2026, lui a été refusé. Un message d'annulation, la veille au soir, après des jours de préparation bénévole. Sans reprogrammation annoncée. Sans excuses publiques de la ministre. Sans engagement de date de remplacement.

Section VII

La rencontre annulée, France 24 informée : l'inacceptable séquence

RENCONTRE ANNULÉE · Garges-lès-Gonesse · 30 mars 2026

Le dimanche 29 mars, le CEFORH a informé la communauté que le consulat avait transmis le message suivant : suite à « des circonstances indépendantes de sa volonté mais qui requièrent sa présence en Haïti », Mme la Ministre Kathia Verdier regrettait de ne pas pouvoir maintenir la rencontre prévue le 30 mars à la salle EAD de Garges-lès-Gonesse.

Source : Communication officielle du CEFORH · Dimanche 29 mars 2026

La même semaine, Madame Verdier participait à une réunion à l'Ambassade d'Haïti à Paris avec des représentants associatifs, et accordait une interview à France 24 dans l'émission 64 Minutes. C'est via cette chaîne française d'information généraliste que la majorité des Haïtiens de France a appris les annonces électorales relatives au scrutin du 30 août 2026.

L'article 19 de la Déclaration universelle des droits de l'homme, l'article 19 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, et la Constitution haïtienne de 1987 garantissent tous le droit à l'information. En droit électoral, l'information préalable des électeurs n'est pas une faveur gouvernementale. C'est une condition de validité du processus démocratique. Informer la diaspora de ses droits électoraux via un média généraliste français, pendant qu'une rencontre communautaire directe est annulée la veille, n'est pas de la communication institutionnelle. C'est une inversion des priorités.

Si des circonstances urgentes requéraient la présence de la ministre en Haïti, comment ces mêmes circonstances ont-elles permis une interview télévisée sur France 24 le même jour ? La diaspora haïtienne de France mérite une réponse publique, claire et précise.

Section VIII

Le décret du 1er décembre 2025 : avancée réelle, faisabilité juridiquement incertaine

Le décret électoral du 1er décembre 2025 a été adopté à l'unanimité par le Conseil des ministres. Son article 6 confère au Conseil électoral provisoire (CEP) la compétence pour organiser les élections « sur toute l'étendue du territoire de la République et dans les communautés haïtiennes de la diaspora dûment identifiées ». Pour la première fois depuis 1987, un texte normatif traduit cette intention en compétence formelle.

Ce décret a été adopté par un Conseil présidentiel de transition, organe non élu, dont le mandat expirait constitutionnellement le 7 février 2026. Après cette date, un « Pacte national pour la stabilité » signé le 23 février 2026 maintient le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé comme seul exécutif. Il n'existe pas de parlement élu depuis 2019.

Analyse · Le décret et la responsabilité de la ministre

C'est précisément dans ce contexte institutionnel fragile que la responsabilité de Mme Kathia Verdier prend toute sa dimension. Elle est la ministre chargée de faire vivre ce décret auprès des Haïtiens de l'étranger. C'est elle qui doit traduire ce texte en mécanismes concrets, en campagnes d'information, en dispositifs d'enrôlement, en centres de vote. Or, sans budget opérationnel, sans communication proactive, et avec une rencontre communautaire annulée la veille au soir à Garges-lès-Gonesse, on voit mal comment cette traduction peut s'opérer dans les cinq mois qui séparent ce constat du scrutin du 30 août 2026. Le décret existe. La volonté politique reste à démontrer. Et les moyens, à obtenir.

Un décret adopté par un gouvernement de transition dont le mandat a expiré, sans parlement élu depuis sept ans, dans un pays où l'État ne contrôle plus la majorité de son territoire : dispose-t-il de la pleine légitimité démocratique pour organiser un scrutin international mobilisant des millions de citoyens ?

Sur le plan formel, la réponse est probablement oui : la continuité de l'État haïtien est assurée par les accords du 3 avril 2024 et le Pacte de février 2026, reconnus par la communauté internationale. Sur le plan de la légitimité démocratique substantielle, la question reste ouverte. La validité formelle d'un texte ne garantit pas son efficacité : la capacité de l'État à le mettre en œuvre, l'existence d'un système judiciaire indépendant, et la légitimité populaire des institutions qui l'ont produit sont des conditions tout aussi essentielles.

Section IX

Analyse complète de la faisabilité des élections du 30 août 2026

Calendrier électoral haïtien 2026 · CEP
15 mars 2026
Début officiel de la campagne électorale pour le premier tour
31 juillet 2026
Publication des listes électorales définitives
25 août 2026
Déploiement du personnel vacataire dans les bureaux de vote
30 août 2026
PREMIER TOUR · Élections présidentielle et législatives
2 sept. 2026
Publication des résultats préliminaires (3 jours de tabulation)
6 déc. 2026
Second tour
7 févr. 2027
Inauguration de la nouvelle présidence

Le CEP reconnaît lui-même que la mise en œuvre complète du vote de la diaspora dans le délai de cinq mois « apparaît difficile ». Des analyses comparatives montrent qu'un dispositif de vote diasporique crédible nécessite généralement entre 12 et 24 mois de préparation. Nous sommes en avril 2026. La diaspora haïtienne en France n'a toujours pas reçu de réponse aux questions les plus élémentaires.

La réalité sécuritaire : les chiffres de l'ONU

5 519
Personnes tuées entre mars 2025 et janvier 2026
Haut-Commissariat ONU aux droits de l'homme · mars 2026
5 915
Total des morts sur l'année 2025
BINUH · Bureau intégré des Nations Unies en Haïti
1 571
Femmes et filles victimes de violences sexuelles en 2025
ONU · principalement viols collectifs · mars–déc. 2025
90%
De Port-au-Prince sous contrôle des gangs armés
Human Rights Watch · Rapport mondial 2026

Ces données sont celles de l'ONU, publiées en mars 2026. Elles ne sont pas partisanes. Elles posent une question que tout juriste de droit constitutionnel comparé doit poser : comment organiser un processus électoral crédible dans un pays où l'État ne contrôle plus la majorité de son propre territoire ?

  • Comment les agents des bureaux de vote accéderont-ils aux centres dans les départements sous contrôle partiel des gangs ?
  • Comment le matériel électoral sera-t-il acheminé dans les zones où les routes sont coupées ou soumises à des péages illégaux ?
  • Comment les Haïtiens de France seront-ils inscrits, informés, et pourront-ils voter ? Où ? Quand ? Comment ?
  • Quelle est la situation des binationaux franco-haïtiens au regard du décret électoral ?
  • Quel budget le CEP a-t-il alloué spécifiquement aux opérations de vote diasporique en France ?
Section X

Ce que nous demandons, au nom de ceux qui s'interrogent

Au MHAVE
  • Publication immédiate du mécanisme précis de vote de la diaspora en France : délais, documents requis, lieux de vote, modalités et date limite.
  • Communication proactive en français et en créole haïtien, diffusée directement via les associations haïtiennes en France, pas via France 24.
  • Reprogrammation publique et datée de la rencontre avec la communauté de France, dans plusieurs villes.
  • Présentation publique d'un budget dédié aux opérations diasporiques, distinct des frais de fonctionnement du ministère.
Au Gouvernement haïtien
  • Doter le MHAVE d'un budget opérationnel réel, séparé de la masse salariale, proportionnel aux budgets comparables dans les pays voisins.
  • Cesser de faire financer les visites ministérielles par les budgets de fonctionnement de l'ambassade et du consulat, qui ont leurs propres missions constitutives.
  • Rendre compte publiquement de l'utilisation de la taxe de 1,50 dollar prélevée depuis 2011 sur chaque transfert de la diaspora.
À la communauté haïtienne de France
  • Exiger, par écrit et collectivement via les associations, une réponse aux questions posées dans cet article.
  • Soutenir le CEFORH et toutes les organisations qui, sans budget public, maintiennent le lien institutionnel avec Haïti.
  • Refuser que l'absence de réponse devienne une réponse.
FAQ

Questions fréquentes sur la visite de Mme Verdier et les élections haïtiennes 2026

Qui est Kathia Verdier, ministre des Haïtiens Vivant à l'Étranger ?

Née en 1994 à Port-au-Prince, Kathia Verdier a été nommée le 19 novembre 2024 à la tête du MHAVE (Ministère des Haïtiens Vivant à l'Étranger) par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Diplômée en gouvernance et administration publique, elle cumule plus de dix ans d'expérience dans le secteur privé, les ONG et l'entrepreneuriat haïtien. Elle est également cofondatrice de l'ANAEPA (Association Nationale d'Exploitation et de Protection Aquacole) et a participé au Sommet de la Banque mondiale en 2022. Sous sa direction, le MHAVE a obtenu sa première loi organique en 31 ans d'existence.

Quel est le rôle du MHAVE et en quoi est-il différent de l'Ambassade d'Haïti ?

Le MHAVE est le ministère chargé du lien institutionnel entre l'État haïtien et ses 4 millions de citoyens vivant à l'étranger : protection des droits, accès aux documents d'identité, participation électorale, valorisation de la contribution économique de la communauté haïtienne. Il est distinct de l'Ambassade d'Haïti, qui gère les relations diplomatiques bilatérales avec la France, et du Consulat général, qui traite les services administratifs aux ressortissants (passeports, légalisations). Ni l'ambassade ni le consulat ne sont structurellement destinés à financer les déplacements ministériels ni les rencontres communautaires du MHAVE.

Qu'est-ce que le CEFORH et quel est son rôle en France ?

Le CEFORH, Cercle des Élus Français d'Origine Haïtienne, fédère les élus de la République française d'origine haïtienne : maires, adjoints, conseillers municipaux, départementaux et régionaux. Il constitue un réseau institutionnel important de représentation politique des Haïtiens de France au sein des institutions républicaines. C'est le CEFORH qui, en partenariat avec le consulat d'Haïti, a organisé bénévolement la rencontre entre la ministre Verdier et la communauté haïtienne de France prévue le 30 mars 2026 à Garges-lès-Gonesse, annulée la veille au soir sans reprogrammation annoncée.

Pourquoi la rencontre avec la communauté haïtienne de France a-t-elle été annulée ?

Le dimanche 29 mars 2026, la veille de la rencontre prévue à Garges-lès-Gonesse, le CEFORH a informé les bénévoles mobilisés que le consulat avait transmis un message d'annulation : « des circonstances indépendantes de la volonté de la ministre mais qui requièrent sa présence en Haïti » rendaient impossible le maintien de la rencontre. Aucune explication précise, aucune excuse publique de la ministre, et aucune date de reprogrammation n'ont été communiquées. La même semaine, Mme Verdier accordait une interview à France 24 depuis la France, ce qui soulève une question d'ordre institutionnel à laquelle la diaspora de France attend une réponse publique.

Les Haïtiens de France pourront-ils voter aux élections du 30 août 2026 ?

Le décret électoral du 1er décembre 2025 prévoit formellement que le Conseil électoral provisoire (CEP) est compétent pour organiser les élections « dans les communautés haïtiennes de la diaspora dûment identifiées ». Cependant, au mois d'avril 2026, aucune modalité concrète n'a été communiquée aux Haïtiens de France : ni procédure d'inscription, ni lieu de vote, ni date limite, ni budget alloué. Le CEP lui-même reconnaît que la mise en œuvre dans le délai de cinq mois « apparaît difficile ». Des expériences comparables montrent qu'un dispositif crédible nécessite entre 12 et 24 mois de préparation.

Combien d'Haïtiens vivent en France et combien transfèrent-ils vers Haïti ?

Selon le recensement INSEE de 2017 (dernière ventilation disponible par pays de naissance), 87 000 personnes nées en Haïti résidaient en France. L'Ambassade d'Haïti en France estime ce chiffre à plus de 100 000 en intégrant tous les statuts et les Français d'origine haïtienne de première génération. Compte tenu de la hausse continue des flux migratoires, une estimation pour 2024-2025 se situe entre 95 000 et 100 000 personnes. Cette communauté transfère annuellement environ 165 millions d'euros vers Haïti en aide familiale, la classant au troisième rang mondial des sources diasporiques haïtiennes, selon l'Ambassade d'Haïti en France elle-même.

Qu'est-ce que la taxe de 1,50 dollar sur les transferts vers Haïti ?

Depuis mai 2011, 1,50 dollar américain est prélevé sur chaque transfert international à destination ou en provenance d'Haïti (Western Union, MoneyGram, CAM Transfer...). Cette taxe, officiellement destinée à un Fonds national pour l'éducation, a été instaurée par décision administrative sous la présidence Martelly, sans vote du Parlement haïtien et sans consultation de la diaspora. Plus de quinze ans après, la traçabilité de l'usage de ces centaines de millions de dollars collectés reste inexistante pour le grand public. La taxe est toujours en vigueur en 2026.

Quel est le budget du MHAVE comparé aux ministères équivalents dans d'autres pays ?

Selon les données officielles de la Direction Générale du Budget haïtienne, le MHAVE dispose d'une masse salariale mensuelle d'environ 17 000 euros pour 55 agents, et d'un budget total d'environ 140 millions de gourdes quasi intégralement absorbé par son fonctionnement interne. Par comparaison, le Sénégal consacre environ 117 millions d'euros à son ministère équivalent (2024), le Maroc plusieurs dizaines de millions d'euros, et le Portugal dispose de deux circonscriptions électorales dédiées à sa diaspora. L'écart entre le budget sénégalais et la masse salariale annuelle du MHAVE est de 1 à 574.

Conclusion
À une femme de talent, les moyens de son talent

Madame la Ministre, cette conclusion vous est adressée avec le respect que vos compétences imposent et l'exigence que votre mandat appelle. Nous sommes sincèrement ravis que ce poste ait été confié à une femme. Nous ne mettons pas en cause vos compétences pluridisciplinaires, que nous avons citées avec précision. Directrice d'opérations, entrepreneuse, cofondatrice de l'ANAEPA, présente au Sommet de la Banque mondiale : votre parcours est réel et il parle.

C'est précisément parce que ce parcours est réel que nous vous posons ces questions avec rigueur. Nous attendons de vous ce que votre parcours permet d'attendre : de la hauteur, de la clarté, et des actes à la hauteur du mandat.

La vérité arithmétique est la suivante. La diaspora haïtienne de France transfère chaque année 165 millions d'euros vers Haïti. Elle se classe troisième source diasporique mondiale. Elle subit depuis 2011 une taxe de 1,50 dollar sur chaque virement, dont personne n'a rendu compte. Et le ministère censé la représenter dispose d'une masse salariale mensuelle de 17 000 euros, soit moins de ce qu'un seul agent consulaire coûte en France sur un an.

Le Sénégal consacre à son équivalent du MHAVE 117 millions d'euros par an. Le Portugal a deux circonscriptions électorales dédiées à sa diaspora. Le Cap-Vert a des sièges réservés au Parlement pour les Capverdiens de l'extérieur. Ces pays n'ont pas inventé le respect de leur diaspora. Ils l'ont budgété.

Ce que nous vous demandons est simple, et c'est le plus difficile à obtenir dans les structures haïtiennes : réclamez plus de budget. Réclamez-le publiquement, avec des chiffres, en citant ces comparaisons internationales. Réclamez une ligne budgétaire dédiée aux rencontres communautaires à l'étranger. Réclamez un fonds opérationnel pour le déploiement électoral de la diaspora. Réclamez que les budgets de l'ambassade et du consulat restent affectés à leurs missions propres, et non absorbés pour pallier les manques du MHAVE.

Le CEFORH a mobilisé 25 bénévoles pour vous accueillir à Garges-lès-Gonesse. Ils n'ont pas été payés. Ils n'ont pas été remerciés en face. Ils ont reçu un message d'annulation la veille au soir. C'est cela, le manque de respect institutionnel que nous dénonçons. Non votre personne. Votre institution et ses moyens.

La diaspora haïtienne de France ne peut pas rentrer chez elle. Pour beaucoup d'entre eux, les conditions sécuritaires actuelles rendent un retour temporaire extrêmement difficile ou impraticable. Pour ces Haïtiens de France, vous étiez peut-être la seule occasion, dans un futur prévisible, d'avoir un échange direct avec une représentante de leur État sur leur sol. Cette occasion a été annulée par message la veille au soir.

Ce n'est pas une faveur que nous demandons. C'est un droit garanti depuis 1987 par la Constitution d'Haïti elle-même. Et les droits ont besoin de budgets pour exister, d'institutions pour fonctionner, et de respect pour être vécus.

Marie-Michelle Legrand, fondatrice de Kisqueya
Auteure de l'article
Marie-Michelle Legrand
Fondatrice et directrice créative de Kisqueya · Juriste en droits humains et droit de l'immigration · Intervenante, Konbit Agency
Marie-Michelle Legrand est la fondatrice de Kisqueya, maison franco-haïtienne de création artisanale. Juriste spécialisée en droits humains et droit de l'immigration, elle intervient régulièrement sur les questions de vie diasporique, d'entrepreneuriat et d'autonomie économique des femmes au sein de Konbit Agency, association d'éducation financière et entrepreneuriale de la communauté haïtienne en France. Cet article engage sa seule responsabilité éditoriale.
Sources documentaires Kisqueya est la revue juridique et culturelle de la diaspora haïtienne en France. Cet article est publié de manière totalement indépendante. Toute reproduction partielle ou totale est soumise à autorisation expresse de la rédaction.
KISQUEYA · Revue Juridique de la Diaspora Haïtienne · © Avril 2026