Ces 8 questions posées sur HLIVE TV résument un combat que je mène depuis des années — comme juriste, comme femme franco-haïtienne, comme fondatrice de Kisqueya. En 2026, sous le thème « Droits. Justice. Action. », le message de l'ONU résonne profondément avec ce que je vis et défends chaque jour.
En 2026, seulement 64% des droits juridiques des hommes sont garantis aux femmes dans le monde. Une femme meurt toutes les 11 minutes sous les coups d'un proche. 130 millions de filles ne sont pas scolarisées. Ces chiffres ne sont pas des statistiques abstraites — ils sont le quotidien de femmes réelles. Ce texte est le mien : une juriste, une femme noire, franco-haïtienne, qui parle depuis l'intérieur de deux réalités que tout sépare et que tout connecte.
La réponse est multiple — et c'est précisément ce qui la rend grave. Certains droits sont bafoués dans presque tous les pays du monde, à des degrés divers. D'autres le sont de façon quasi-totale dans certains contextes.
Les droits reproductifs
Le droit à l'avortement, à la contraception, à des soins obstétriques de qualité reste l'un des droits les plus inégalement distribués dans le monde. En Haïti, l'avortement est totalement interdit depuis 1835 — aucune exception, même en cas de viol. Aux États-Unis, après l'arrêt Dobbs de 2022, des dizaines d'États ont criminalisé ou sévèrement restreint ce droit. La France est, depuis 2024, la seule démocratie au monde à l'avoir constitutionnalisé.
Le droit à l'éducation
130 millions de filles dans le monde ne sont pas scolarisées. En Haïti, moins de 1% des filles rurales pauvres terminent le secondaire. La grossesse déclenche une expulsion scolaire automatique dans la quasi-totalité des établissements haïtiens — sans base légale, sans recours.
Le droit à la sécurité physique
Une femme meurt toutes les 11 minutes sous les coups d'un proche. En Haïti en 2024, les signalements de violences sexuelles contre des enfants ont augmenté de 1 000% (UNICEF). Ces violences ne sont pas des accidents — ce sont les conséquences d'une impunité structurelle organisée.
En Haïti, tous ces droits sont bafoués simultanément — dans un même corps, une même vie. L'avortement est illégal, les violences sexuelles explosent, les femmes n'ont pas accès à la justice. C'est pour cela que Kisqueya existe : pour que chaque achat soit un acte de solidarité concrète avec ces femmes.
Frise historique — Droits des femmes en Haïti & dans le monde
Haïti fut l'un des premiers pays au monde à se doter d'un mouvement féministe structuré — dès 1934, avant la deuxième vague féministe occidentale des années 1960. Malgré dictatures, séismes et instabilité, les femmes haïtiennes n'ont jamais cessé de se battre.
Chronologie croisée · Haïti & Monde · 1791 — 2026
🇭🇹 Bois Caïman — Les femmes allument la Révolution
Cécile Fatiman, Sanité Bélair, Marie-Jeanne Lamartinière, Victoria Montou dite Toya portent la Révolution. Les premières féministes haïtiennes — bien avant que le mot existe.🇭🇹 Art. 262 — Avortement criminalisé sans exception
Inspiré du Code Napoléon. Toujours en vigueur en 2026 — 191 ans d'interdiction totale, même en cas de viol ou d'inceste.🌍 Clara Zetkin — Journée internationale des femmes
Conférence de Copenhague. La journée devient un levier politique mondial pour les droits civils et politiques des femmes.🇭🇹 Ligue Féminine d'Action Sociale
Le féminisme haïtien organisé s'inscrit tôt dans l'histoire caribéenne — 30 ans avant la deuxième vague occidentale.🇭🇹 Droit de vote des femmes haïtiennes
146 ans après l'indépendance. Les femmes haïtiennes ont attendu un siècle et demi pour exercer pleinement leur citoyenneté.🇭🇹 Séisme — Myriam Merlet disparaît
Plus de 200 000 morts. Violences sexuelles massives dans les camps. La pionnière féministe Myriam Merlet périt dans les décombres.🇫🇷 IVG inscrite dans la Constitution française
Première démocratie au monde à constitutionnaliser ce droit. En Haïti, l'article 262 de 1835 est toujours en vigueur.🇭🇹 85% de Port-au-Prince sous contrôle des gangs
Les violences sexuelles utilisées comme arme de guerre. Les droits des femmes bafoués quotidiennement. Le combat continue — au prix de leurs vies.Approfondir — Haïti et droits des femmes
Le Forum économique mondial publie chaque année l'Indice mondial de parité entre les sexes. En 2025, les pays les plus avancés sont les démocraties nordiques — mais plusieurs surprises émergent en Afrique et en Amérique latine.
Parité salariale légalement obligatoire depuis 2018. Congé parental équitable. 47% de femmes au parlement.
Première femme Premier ministre à 34 ans. Parité quasi-totale dans les institutions.
Quotas de femmes dans les conseils d'administration des entreprises depuis 2003.
61% de femmes au parlement — record mondial absolu. Reconstruction post-génocide fondée sur l'égalité.
Constitution de 1996 très progressiste sur le genre. Avortement légal. 46% de femmes au parlement.
Première démocratie à inscrire l'IVG dans sa Constitution. Index Egapro obligatoire en entreprise.
Après le génocide de 1994 qui a décimé la population masculine, les femmes ont reconstruit le pays — et le pays l'a reconnu dans sa Constitution et ses institutions. Là où les femmes gouvernent, les sociétés se reconstruisent mieux. Ce n'est pas de l'idéologie. C'est de la pragmatique.
Avant de citer les figures contemporaines, je dois nommer celles sans lesquelles je ne serais pas là où je suis — les femmes de la Révolution haïtienne. Ce sont elles, à mes yeux, les premières féministes haïtiennes, bien avant que le mot existe. Elles ont prouvé, dans la chair de l'Histoire, qu'une femme noire pouvait porter une nation.
Femmes de la Révolution haïtienne (1791–1803)
Lieutenante engagée dans la lutte pour la liberté d'Haïti, elle fut exécutée par les forces françaises à 21 ans. Son portrait figure sur le billet de 50 gourdes haïtiennes. Une femme qui n'a pas négocié sa dignité.
Elle se bat au côté des insurgés face aux troupes napoléoniennes. Elle incarne la bravoure militaire et l'endurance des femmes qui ont tenu la Révolution debout.
Associée à la cérémonie du Bois Caïman, elle incarne la dimension spirituelle et collective de la résistance. La liberté s'est aussi construite dans la communion.
Elle forme, entraîne, prépare. La révolution n'est pas seulement l'acte de combattre — c'est l'acte d'enseigner à d'autres comment se libérer. Sans Toya, pas de Dessalines. Sans Dessalines, pas d'indépendance haïtienne.
Ces femmes n'ont pas demandé une place : elles l'ont prise. Elles ont fait ce que l'Histoire refuse souvent d'écrire : la femme noire comme sujet politique, pas comme décor.
Figures contemporaines inspirantes — Focus femmes noires
C'est une femme noire de Harlem qui a créé #MeToo en 2006 — pour les survivantes de violences sexuelles dans les communautés marginalisées. Hollywood a repris son mouvement en 2017 sans toujours la nommer. Elle reste debout, et réclame que le mouvement revienne à ses racines.
Son essai, issu d'un TED Talk devenu viral, a été distribué à tous les lycéens suédois. Elle porte une voix féministe africaine, complexe et nuancée, qui refuse les catégories imposées par le féminisme occidental.
Je l'ai lue très jeune, à 13 ans. Elle m'a appris qu'une femme noire pouvait porter toute l'humanité dans sa plume. Beloved reste l'un des livres les plus importants de ma vie — parce qu'il montre ce que la violence efface, et ce que la parole reconstruit.
« Si vous avez du pouvoir, utilisez-le pour construire un podium pour quelqu'un d'autre. »— Toni Morrison · Une phrase qui guide Kisqueya
Se battre pour ses droits n'est pas une option pour les femmes — c'est souvent une nécessité de survie. Voici ce que je dis aux femmes qui m'en parlent, que ce soit en Haïti, en France ou dans la diaspora.
- Connaître ses droits. On ne peut pas défendre ce qu'on ne connaît pas. Lire, se former, comprendre les textes de loi nationaux et internationaux qui vous protègent. Le droit est un outil — apprenez à vous en servir.
- Créer des réseaux de solidarité. Le féminisme individuel a ses limites. Le collectif a une force que l'individu seul n'atteindra jamais. Rejoindre ou créer des associations, des groupes, des espaces sûrs.
- Utiliser les outils numériques. Les réseaux sociaux sont des espaces de lutte. Documenter, témoigner, partager, amplifier les voix qui ne sont pas entendues. La visibilité numérique a changé des lois.
- Ne pas attendre la permission. Les droits ne se donnent pas — ils se conquièrent. Ne pas attendre que les hommes, les institutions ou la société vous accordent ce qui vous appartient de droit.
- Prendre soin de soi. Le militantisme épuise. Prendre soin de sa santé mentale n'est pas un luxe — c'est une stratégie de résistance à long terme.
- Célébrer chaque victoire. Même petite, même locale, même symbolique. Chaque droit acquis est le fruit de sacrifices. Reconnaître les progrès permet de tenir dans la durée.
Chez Kisqueya, je crois que transformer la culture passe aussi par les objets que l'on crée et que l'on choisit. Acheter un bijou en corne haïtienne, c'est dire : je crois en la valeur de ce peuple, de ces mains, de ces femmes. C'est un acte de résistance quotidien.
Ces obstacles sont structurels — ils ne tiennent pas à des déficiences individuelles des femmes, mais à des systèmes économiques, culturels et politiques construits pour les maintenir hors des espaces de pouvoir.
Le poids du travail non rémunéré
Les femmes effectuent 75% du travail domestique et de soin non rémunéré dans le monde. Ce temps non rémunéré ne peut pas être consacré à la formation ni à la carrière. Tant que les sociétés n'organiseront pas un partage équitable de ce travail invisible, les inégalités professionnelles persisteront.
Les mariages précoces et les grossesses non désirées
Une fille mariée avant 18 ans a statistiquement très peu de chances de terminer ses études secondaires. En Haïti, la grossesse à l'adolescence signifie souvent la fin de la scolarité — surtout quand l'avortement est totalement interdit comme le prévoit l'article 262 du Code pénal haïtien.
Les stéréotypes de genre et l'autocensure
Les biais de genre dans l'éducation orientent les filles vers des filières moins valorisées économiquement. Ces biais ne sont pas innés — ils se transmettent par la famille, l'école et la culture populaire.
Les discriminations à l'embauche
À CV équivalent, une candidature avec un prénom féminin est moins souvent retenue — c'est démontré par de multiples études. En 2026, seulement 8% des PDG des entreprises du CAC 40 sont des femmes.
Approfondir — Éducation et droits en Haïti
La France oscille entre avant-gardisme et conservatisme. Elle peut être à la fois le pays de Simone Veil et celui où 220 000 femmes subissent des violences conjugales chaque année.
Les avancées réelles
La constitutionnalisation de l'IVG en mars 2024 est historique : la France devient la première démocratie au monde à inscrire ce droit dans sa loi fondamentale. L'Index Egapro oblige les entreprises à mesurer et publier leurs écarts de rémunération. La notion de féminicide a enfin intégré le débat public et législatif.
Les défis persistants
Pourtant, en France, une femme meurt tous les deux à trois jours sous les coups de son compagnon. L'écart de retraite entre hommes et femmes est de 40%. Les femmes noires et racisées font face à une double discrimination — de genre et de race — que les politiques publiques peinent encore à reconnaître officiellement.
En tant que femme franco-haïtienne, je vis cette réalité. La France m'a donné des outils juridiques que je n'aurais pas eus si j'avais grandi à Port-au-Prince. Mais elle ne m'a pas protégée des regards condescendants ni des doutes sur mes compétences. L'égalité juridique ne suffit pas — il faut l'égalité réelle, celle qui se vit dans les corps et dans les regards.
Cette question est souvent mal posée. On demande comment convaincre les hommes, comme si l'égalité était une concession qu'ils nous feraient. Ce n'est pas une concession. C'est un intérêt commun.
Montrer que l'égalité bénéficie à tous
Les hommes qui vivent dans des sociétés plus égalitaires ont une espérance de vie plus longue, des taux de suicide plus bas, des relations familiales plus épanouies. Les patriarcats détruisent aussi les hommes — ils leur imposent des modèles de virilité toxique qui les empêchent d'exprimer leur vulnérabilité. L'égalité de genre libère tout le monde.
Valoriser les hommes alliés
Les rendre visibles, les citer comme modèles contribue à normaliser le fait qu'un homme peut être féministe sans renoncer à sa masculinité.
Éduquer dès l'enfance
Les biais de genre se construisent très tôt. Une éducation non sexiste dès la maternelle construit des adultes naturellement plus égalitaires.
Interpeller sans exclure
Le féminisme qui exclut les hommes du débat se prive d'alliés puissants. La pédagogie a sa place aux côtés de la dénonciation.
La sororité — du latin soror, sœur — est l'un des concepts les plus puissants et les plus concrets du féminisme contemporain. Elle ne se décrète pas : elle se pratique au quotidien.
Le mentorat et le parrainage
Sponsoriser une autre femme — la recommander activement, la citer, la mettre en avant — est un acte concret de sororité. Le mentorat formel ou informel est l'un des leviers les plus efficaces pour réduire les inégalités professionnelles.
Créer et rejoindre des réseaux
Dans la diaspora haïtienne, des plateformes comme PAFHA jouent ce rôle de tissu social et de soutien collectif — exactement le type d'initiative que Kisqueya soutient.
Consommer de façon consciente
Acheter les créations d'une femme entrepreneuse, lire les livres d'une autrice, suivre les artistes féminines — c'est aussi de la sororité. Chaque achat est un vote pour l'artisanat haïtien porté par des mains de femmes.
Prendre la parole pour celles qui ne peuvent pas
Quand une femme n'a pas la sécurité pour parler — sous un régime autoritaire, dans une famille violente — c'est aux femmes qui ont cette sécurité de parler à sa place. Amplifier les voix silenciées : c'est un acte politique d'une puissance considérable.
Kisqueya est née de cette conviction : les femmes haïtiennes méritent que leur talent soit reconnu, payé à sa juste valeur, et célébré dans le monde entier. Chaque Karabela cousue, chaque bijou façonné en corne haïtienne — c'est une femme qui gagne sa vie dignement. C'est de la sororité concrète.
Kisqueya : transformer la beauté en justice
Ces 8 questions posées sur HLIVE TV résument un combat que je mène depuis des années — comme juriste, comme femme franco-haïtienne, comme fondatrice de Kisqueya. En 2026, sous le thème « Droits. Justice. Action. », le message de l'ONU résonne profondément avec ce que je vis et défends chaque jour.
- Protection des jeunes filles victimes d'exploitation sexuelle en Haïti
- Soutien aux enfants restavèk et aux femmes vulnérables
- Valorisation de l'artisanat haïtien porté par des femmes artisanes
- Plaidoyer juridique pour les droits des femmes haïtiennes
- Sensibilisation de la diaspora franco-haïtienne
Pour approfondir : toutes nos analyses
Questions fréquentes
Quels droits des femmes sont encore les plus bafoués en 2026 ?
Les droits reproductifs, le droit à l'éducation, la protection contre les violences domestiques et sexuelles, l'égalité salariale et la participation politique. En 2026, une femme meurt toutes les 11 minutes sous les coups d'un proche, et 130 millions de filles ne sont pas scolarisées. En Haïti, l'avortement est interdit sans exception depuis 1835 et les violences sexuelles contre les enfants ont augmenté de 1 000% en 2024.
Pourquoi le Rwanda est-il un modèle pour les droits des femmes ?
Le Rwanda détient le record mondial de représentation féminine au parlement avec 61% de femmes élues. Cette transformation s'est construite après le génocide de 1994 dans une logique de reconstruction nationale fondée sur l'égalité de genre comme pilier institutionnel. Là où les femmes gouvernent, les sociétés se reconstruisent mieux.
Comment Kisqueya contribue-t-elle aux droits des femmes ?
Kisqueya est une maison d'artisanat haïtien éthique et une association engagée. Une part de chaque achat finance la protection des jeunes filles victimes d'exploitation sexuelle en Haïti, le soutien aux enfants restavèk, et la valorisation de l'artisanat haïtien porté par des femmes artisanes. La fondatrice, Marie-Michelle Legrand, est juriste en droits humains spécialisée sur les droits des femmes haïtiennes.
Qu'est-ce que la sororité et comment la pratiquer ?
La sororité est la solidarité active entre femmes. Elle se pratique en recommandant les femmes de son réseau, en consommant leurs créations, en amplifiant leurs voix, et en défendant celles qui ne peuvent pas se défendre seules. C'est la philosophie concrète de Kisqueya : chaque achat est un vote pour l'artisanat haïtien porté par des mains de femmes.
Sources & références
- ONU Femmes — Rapport mondial sur les violences faites aux femmes (2023)
- Forum économique mondial — Global Gender Gap Report (2025)
- UNESCO — Rapport sur la scolarisation des filles (2024)
- OIT — Rapport sur l'égalité salariale (2024)
- Union Interparlementaire — Représentation féminine dans les parlements (2026)
- Amnesty International — Rapport sur les droits reproductifs (2025)
- Human Rights Watch — Rapport mondial sur les droits des femmes (2025)
- UNICEF Haïti — Violences sexuelles contre les enfants, augmentation 1 000% (2024)
- HLIVE TV — Émission Screenshot TV Show avec Prof Chéry, 5 mars 2026
- Chimamanda Ngozi Adichie — Nous sommes tous des féministes (Gallimard, 2015)
- Marie-Michelle Legrand — Série d'analyses juridiques Kisqueya sur les droits des femmes et des filles en Haïti, 2026.